24/01/11

L’Adaptation à la Vie Active, première marche vers une insertion par l’activité économique ?


L’un des intérêts de l’Economie Sociale et Solidaire est que, même avec plus de quinze ans d’expérience et de nombreux accompagnements de projets, on n’est pas à l’abri de découvrir des nouveautés…parfois anciennes. Ainsi, 2011 a été pour le cabinet l’occasion de re-découvrir les Actions d’Adaptation à la Vie Active (AAVA).

Bien connu des directeurs de CHRS, parfois comme un simple souvenir, le dispositif voit son histoire remonter aux années 70, période d’émergence des Centres d’Aide par le Travail (décret n°76-526 du 15 juin 1976), et évolue au fil des textes réglementaires, pour devenir Centre d’Adaptation à la Vie Active, puis en 2001 (décret n°2001-576 du 3 juillet 2001), Action d’Adaptation à la Vie Active.

Sa vocation générique est de permettre à des personnes désocialisées de disposer d’un « réentraînement au travail », au sein d’ateliers ou de travaux réalisés à l’extérieur, tout en disposant d’une rétribution minime. En cela, leur action est proche de celles des premières structures qui formeront le secteur de l’Insertion par l’Activité Economique.

Depuis les années 90, le nombre d’AAVA a globalement diminué, certaines régions n’en comptant aujourd’hui plus aucun. Certains diront, et nous sommes d’accord sur ce principe, que c’est la vie normale d’un dispositif qui, s’il n’est plus utile à la collectivité, a vocation à évoluer ou à disparaître et à être remplacé par des actions plus en adéquation avec les problématiques rencontrées.
 
Or, le travail mené pour le compte de la FNARS Franche-Comté, portant sur le devenir de plusieurs AAVA du territoire, nous donne à réfléchir sur l’évolution du nombre d’AAVA au niveau national et sur l’intérêt qu’ils pourraient représenter à l’avenir. L’approche adoptée dans ce travail d’étude, exigeante pour les structures, a consisté à déconstruire les pratiques, réinterroger l’intérêt du dispositif, mettre en évidence ses dysfonctionnements et limites, en extraire les effets positifs pour les personnes et au final en tirer la substantifique moelle.
 
Et avant même que le travail ne soit complètement achevé, il en ressort des enseignements intéressants et pour certains inattendus.
 
Certains portent sur la diversité des personnes accueillies et l’intérêt de l’inconditionnalité, tant pour les personnes accompagnées que pour les acteurs –publics et associatifs- du territoire qui trouvent ainsi une réponse souple et adaptée à des situations personnelles mal prises en charge par des dispositifs plus contraignants ; d’autres concernent l’impact observé dans des champs variés, beaucoup plus larges que la simple mise au travail : socialisation, stabilisation, santé, remobilisation, …
 
Parmi les pistes intéressantes de réflexion, l’une au moins concerne le champ de l’IAE : l’AAVA, grâce à la souplesse que les textes lui confèrent, semble en effet répondre à certaines préoccupations récurrentes de responsables d’Ateliers Chantiers d’Insertion en offrant un cadre de travail très souple, dérogatoire au droit du travail, particulièrement adapté aux personnes très marginalisées :
- volumes et amplitudes horaires très flexibles,
- niveaux de rémunération compris entre 30% et 80% du SMIC adaptés aux capacités de production des personnes et souvent évolutifs,
- durées de présence courtes au sein de l’AAVA (au maximum six mois renouvelable une fois)
... et cantonne son action à une première marche vers une étape suivante.
 
Ainsi, à l’heure où certains Ateliers Chantiers d’Insertion peinent à accueillir les personnes les plus en marge du marché du travail du fait notamment des contraintes horaires parfois inconciliables avec les capacités de personnes en début de parcours, l’AAVA permet d’accueillir les personnes, pour quelques heures par semaine, à des temps variés, et de leur verser une somme d’argent, réduite certes, mais qui remet en route le cheminement de valorisation par le travail et permet de satisfaire à certains besoins primaires des personnes en grande précarité. Le tout avec une préoccupation forte sur la dimension économique des activités, caractérisée par l’importance des recettes propres générées et la présence parfois des AAVA dans la sphère marchande.
 
Aussi, nous nous interrogeons, sans imposer la moindre réponse, sur l’opportunité d’approfondir ces réflexions et peut-être de réfléchir collectivement, au niveau local, à l’intérêt que peut avoir l’AAVA comme première marche d’insertion, parallèlement ou comme point d’entrée dans l’IAE.

Pour en savoir plus, vous pouvez entrer directement en contact avec Vincent ALLA, consultant.